• 11.

    Dany patiente à l'angle de cette rue sinistre, une cigarette coincée au coin des lèvres, avec l'air cool de ceux qui n'ont aucun soucis dans leurs vies. 

    Assise dans ma voiture et parfaitement immobile depuis de longues minutes, j'essaye de temporiser ma respiration afin de me calmer. Ma vie et ma conscience ne seront plus jamais les mêmes après cette soirée, alors je savoure ces derniers instants de non-culpabilité.

    Je pense à ma fille qui dort sagement chez mes parents. Comment est ce que j'ose prendre autant de risque alors qu'elle compte sur moi ...? D'accord notre vie n'était pas trépidante, bien sur qu'il faut que je me pose les vraies questions que je refoulent depuis trop longtemps... Mais nos problèmes actuels seront dérisoires si je fini en prison pour recel de cadavre.

    BOUM BOUM BOUM ! 

    Daniel cogne à la fenêtre de ma voiture, me faisant faire un bond de trois mètres et foutant en l'air tout le travail de respiration que je viens d'accomplir. Je baisse la vitre:

    " - Nom de dieu Dany !! Tu veux que je meurs aussi ?!

    - Dix-heures pétantes ! Félicitations ! "

    Me répond-il avec un large sourire. Ce rencard a un arrière goût morbide qui ne donne pas l'impression de le contrarié.

    " - Comment peux-tu être aussi détendu dans un moment pareil ? " Je lui demande, tout en m'extirpant de mon véhicule.

    Il saisit ma nuque au creux de sa main et me tir à lui d'un coup sec, approchant sa bouche de mon oreille:

    " - Ce fils de p*** a faillit tuer mon pote, que je considère comme mon frère. Comment veux-tu que je ne passe pas un bon moment le soir où je vais me débarrasser de sa carcasse ?

    - Qu'est ce que tu as fais de lui ?

    - Il est dans le coffre.

    - Tu l'as ... découpé ?

    -Ça va aussi, on ne fait pas dans le gore. Un peu plié encore à chaud, ça passe tout seul."

    L'acide de mon ventre remonte humidifier mes lèvres.

    " - Allons-y, s'il te plait.

    - Comme il plaira à madame !"

     

    Je prends place dans sa voiture et nous roulons le long des quais, puis il bifurque dans une pente rejoignant une petite place en contre-bas, probablement utilisée pour la mise à l'eau des bateaux sur le fleuve. Un endroit lugubre une fois baigné dans l'obscurité, à croire qu'il est destiné par nature a couvrir les histoires louches.

    Daniel se gare dans le recoin le plus sombre, de façon à ce que la voiture ne soit pas visible depuis le haut du quai.

    Nous sortons en même temps de la voiture et il m'indique un endroit près du mur tout en m'ordonnant:

    " - Tu vois cette barrière là-bas ? Va me la chercher s'il te plait, pendant que je sors la malle du coffre."

    11.

     

    J'obéis sans rien dire, mais je bouillonne intérieurement. La barrière en fer, du type qu'utilise les flics pour éviter les débordements dans les manifestations, est lourde et difficile a transporter.

    Pendant que je tente d'accomplir ma tache sans faire trop de bruit, mon cerveau tourne à plein régime:

    Il est clair que je suis en mauvaise posture... Seule ici avec l'ennemi public je ne sais combien (mais qui doit être bien placé dans le haut de la liste), un cadavre, et le souvenir d'une scène de meurtre dans la tête. Qu'est ce qui me garanti que Dany ne va pas me balancer à la flotte avec Fred ? Après tout, je suis le seul témoin ...

     

    " - Je ne te paie pas pour rester le nez en l'air ! " me cri-t-il depuis la rive.

    La malle est posée devant lui. Ce truc doit faire un poids fou, d'autant plus avec le cadavre à l'intérieur, mais malgré tout il l'a sorti du coffre et transporté seul jusqu'au bord de l'eau. Ce mec est réellement un monstre.

    " - Tu parles, tout ce que je vais gagner c'est un traumatisme à vie." 

    Je râle en essayant de reprendre mon souffle, après avoir déposé la barrière devant lui.

    " - Ce qui ne te tue pas te rend plus forte ... Petite nature !

    - Bah justement, rien n'est moins sur ..."

    Les mots ont dépassés ma pensée et je regrette déjà de les avoir prononcé. Il me regarde, intrigué, attendant que je poursuive ma phrase. Je termine donc, fébrile et consciente que je viens peut-être de me tirer une balle dans le pied en lui donnant moi-même l'idée de me supprimer:

    " - Bah, c'est vrai... Qui me dit que tu ne vas pas t'en prendre à moi également ? Après tout, on est juste tous les deux ici, tu peux me faire ce que tu veux.

    - Arrêtes, tu m'excites !

    - Tu as vraiment un problème.

    - Ne t'inquiètes pas, je n'ai pas l'intention de t'envoyer nourrir les poissons, Jérémy m'en voudrait trop.

    - Tu es du genre sentimental toi en plus, c'est bien connu.

    - Mais je ne suis pas contre un petit arrangement en nature.

    - T'arrêtes oui ?!"

     

    Il me tape sur l'épaule pour me montrer qu'il plaisante, et que je n'ai vraiment rien a craindre de lui.

    En un regard, nous nous comprenons et faisons basculer ensemble la barrière sur le sol, le plus silencieusement possible.

    Il ouvre la malle et je ne sais pas comment l'aider tout en gardant les yeux fermés.

    " - Haily...

    - Quoi ?!

    - Ce n'est pas un boulot pour une non-voyante, ouvres tes yeux !

    - Si je regarde, je gerbe.

    11.

    - Je ne pense pas.

    - Ah, bah moi j'en suis sûre.

    - Mais non, ouvres les yeux je te dis." 

    J'abdique et m'oblige a regarder, mais à ma grande surprise le cadavre est présenté d'une telle façon qu'il ne peux m'inspirer aucun dégoût: Dany a pris le soin d'échanger le t-shirt taché de sang de l'italien contre un propre, et recouvert sa tête d'un sac plastique. Je me retourne vers lui:

    " - Merci, c'est vraiment délicat de ta part d'avoir fait ça pour moi; Ça n'a pas du être simple en plus ...

    - Je t'en pose des questions ?

    - Merci Daniel."

    Sur ces mots j'attrape le bras gauche de Fred que je tire jusqu'au coin de la barrière. Nous attachons les poignets avec des menottes que Dany avait gardées dans sa veste. Ensuite il attrape une corde au fond du coffre et lie de la même façon les pieds aux barreaux de fer.

    Une fois l'homme solidement attaché (On ne sait jamais, des fois qu'il puisse se sauver ...) nous saisissons chacun un côté de la barrière. Ce n'est pas sans mal que je l'aide à la traîner jusqu'au bord.

    Nous poussons fort, et la première moitié bascule dans l'eau. Daniel pousse de toutes ses forces et la barrière toute entière commence a couler. La silhouette de Fred s'engloutit peu à peu dans les eaux sombres.

    " - Balance la malle avec, on ne sait jamais ... " Je lui conseille.

    " - Elle était à ma grand-mère." Il me répond, boudeur.

    " - Tu n'as aucun scrupule à te servir de ta mère malade comme alibi, mais tu fais des manières pour un coffre en bois ?!"

    Il n'insiste pas et nous lestons la malle avec des pierres qui traînent autour de nous. Soudain, nous sommes éblouis par les phares d'une voiture qui amorce elle aussi la descente jusqu'au quai. 

    " - Putain Daniel, je crois que c'est une voiture de flics.

    - Respires, tu es parano."

    Mais lorsqu'il voit apparaître le mot POLICE sur l'aile du véhicule, sa perception se modifie légèrement. Tout en donnant un coup de pied dans la malle pour qu'elle bascule dans l'eau, il m'indique :

    " - File à l'arrière de la voiture.

    - Ils nous ont déjà vu, je pense.

    - Haily, files maintenant à l'arrière de la voiture et allonge-toi sur la banquette.

    Je m’exécute immédiatement, Dany sur les talons.

    " - Qu'est ce qu'on va leurs dire, qu'on est gentiment descendu faire un brin de causette ? " Je lui demande, ahurie.

    " - J'ai une idée beaucoup plus sympa ..." me répond-il en se jetant sur moi pour retirer mon tee-shirt.

     

     

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

    Pourquoi ai-je la sensation que je ne vais

    pas trouver mon compte dans l'alibi en question ?

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

     

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  • Commentaires

    1
    Charlotte
    Lundi 11 Septembre 2017 à 17:58

    Salut ^^

    Pas mal ce chapitre :) . J'ai une petite idée de l'alibi de Daniel avec Haily : un câlin amoureux dans la voiture mais peut-être qu'ils ont laissé une preuve que la police ne va pas manquer de remarquer.

    A bientôt 

    2
    Océane
    Mercredi 13 Septembre 2017 à 20:25

    Elle a vraiment le chic pour se retrouver dans de mauvaises postures Haily ^^ 

     

    Bon chapitre, vivement le prochain

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