• 01.

    Aux yeux du reste du monde, c'est un samedi matin comme un autre.

    Pour Damien et moi cependant, il s'agit du dernier dont il faut que nous profitions ensemble avant un certain temps.

    Lorsqu'il m'avait annoncé qu'il avait accepté une mutation proposée par son chef pour partir un an aux Etat-Unis, j'ai cru à une mauvaise blague: Comment pourrait-il me laisser seule pour gérer notre petite fille sans même me concerter en amont ?

    Mais bien rapidement, j'ai du me rendre à l'évidence : Son égoïsme et son ambition étaient une nouvelle fois passées en priorité.

    Les jours avaient filé aussi vite que des grains de sable dans un sablier, et nous y étions, dans cinq petits jours il passera les portes d'embarquement.

     

    Cela fait déjà quarante-cinq bonnes minutes que je rumine de mon côté du lit, le visage tourné vers le mur. Je note qu'il sort à son tour doucement du sommeil, ses pieds commençants a marteler mes mollets. Même sous la couette il agit comme s'il était seul.

    Il se colle derrière moi et enlace ma taille, mais j'ai beau vouloir faire un effort, tous mes muscles se crispent à la simple idée qu'il veuille aller plus loin. J'ai beau avoir encore des sentiments pour lui, ma rancune et ma déception restent tenaces.

    - Ça va ma chérie ?

    Il me murmure dans l'oreille. 

    Je ferme fort les yeux, me disant que peut-être il croira que je dors toujours.  Et pourtant, d'un autre côté, je m'autorise de garder l'espoir fou qu'il n'aura pas oublié.

     

    1.

    - Haily ... 

    Il revient à la charge, se collant un peu plus fort contre moi. Je n'ose pas me retourner, d'une part parce que je n'ai clairement pas envie de faire l'amour avec lui, mais surtout parce que je serai encore face à la déception.

    Il me secoue les épaules et insiste :

    "- Allez ma belle, réveille-toi ! Tu sais que c'est mon dernier week-end en France, j'aimerai faire beaucoup de choses."

    On y est... Je ne peux me contenir plus longtemps:

     "- Ah tiens, tu aimerais faire beaucoup de choses ? Et commencer par souhaiter un joyeux anniversaire à la femme qui partage ta vie depuis plus de quatre ans par exemple, ça ne serait pas mal non ? Tu sais, celle que ta fille appelle aussi maman, celle qui gère tout pour toi, environ 18 heures sur 24 ... ! C'est bon pour les indices ,tu resitue ?

    - Mais voyons, j'allais te le souhaiter tu penses bien! J'attendais juste qu'on soient un peu plus réveiller et actifs pour le faire."

    On en parle de ce qu'il a l'air de voir écrit sur mon front ou ça ira ?

     

     Toute la journée, les textos fusent : Bon anniversaire par-ci, plein de bonheur par-là, et toutes les gentillesses qu'on vous envoient en ce jour solennellement sacré.

     

    Je suis entrain d'aider ma mère a préparer la quantité industrielle de nourriture prévue pour le traditionnel repas-du-soir -spécial-g1.randes-occasions, lorsque mon portable vibre de nouveau:

     

    SMS reçu du 06 33 31 .. .. Tient, à défaut d'avoir un mec attentionné, au moins les inconnus au bataillon ont une pensée pour 

    moi. J'appuie pour lire le message:  

    Joyeux anniversaire ma belle, le temps passe mais les souvenirs restent. J'aimerai te voir, à bientôt.. 

    Un peu interloquée, je reste perplexe quant à l'identité de cet expéditeur mystère. Je n'aime pas le ressenti qui m'a traversé en parcourant ces mots, mais me laisse le temps de la réflexion avant de répondre.

     Nous poursuivons les préparatifs pendant plusieurs heures. Damien, quant à lui, est allé rejoindre ses potes depuis longtemps, nous aider étant une bien trop grande perte de temps pour son "dernier week-end".

    Noanne, mon petit bonheur de fille, m'aide assidûment pour touiller dans les saladiers.

    Subitement, vers quinze heures, un vacarme affreux émane de l'entrée. Un acharné est entrain de tambouriner dans la porte, probablement dans l'idée de la dégondée.

    Le reste de la famille n'est pas attendu si tôt, et puis une arrivée aussi fracassante n'est clairement pas le genre de la maison.

    Je me dirige vers la porte quand le tambourinage reprend de plus belle:

    - POLICE !! OUVREZ !!

    Ok, soit c'est une blague de mauvais goût, soit mes parents ne m'ont pas tout dit sur ce qu'ils font de leur temps libre.

    J'actionne la poignée et salut les deux hommes en uniformes que je trouve effectivement  sur le palier.

    "- Mademoiselle Haily Jane S. ?

    -Oui, c'est moi ?!

    -Bonjour, confirmez-vous êtres la propriétaire du téléphone portable ayant pour numéro d'appel le 06 78 50 .. .. ?

    - Euh, oui c'est bien le cas, mais qu'est ce qu'il se passe ?"

    A peine ont-il entendu mon approbation qu'ils franchissent le pas de la porte et m'entourent chacun d'un côté, puis poursuivent:

    " - Bon on ne va pas tergiverser n'est-ce-pas, vous vous doutez bien des raisons qui nous amènent jusqu'à vous.

    - Alors très sincérement pas du to.... 

    - Pof pof pof allons allons ... Ne faites pas l'innocente, ça n'arrangera pas vos affaires ... 

     

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

    ... Allez, suivez-nous au poste, on a des choses à se dire.

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  • 02.

    Comme dans un mauvais film, me voilà bel et bien au commissariat le jour de mon anniversaire.

    Les deux agents me font asseoir face à eux autour d'un bureau:

    " - Bon, maintenant que nous sommes dans un contexte différent, la mémoire vous est peut-être subitement revenue... Avez-vous désormais une idée de ce qui vous amène parmi nous ?

    - Mais non, vraiment en toute franchise non.

    - Très bien. Alors si je vous parle de Jérémy M., allez-vous également m'assurer n'avoir eu aucun contact récent avec cette personne ?"

    Jérémy ? Mais de quel chapeau ils le sortent celui-là ? Je suis un peu déboussolée:

    02.

    " - Euh non, enfin, ça fait des années maintenant que nous ne nous sommes pas adressé la parole."

    Le policier de droite s’esclaffe et fait un clin d'oeil sournois à son équipier, avant de poursuivre:

    " - Eh bien nous n'avons pas la même notion du temps apparemment ! Décrivez explicitement la nature de vos relations avec monsieur Jérémy M. s'il vous plait.

    - C'est... mon ex petit-ami. Enfin, ça remonte à quasiment dix ans maintenant, je n'ai plus de lien avec cette personne. Mais qu'est ce qu'il se     passe, il lui est arrivé quelque chose ?"

     

    L'agent de droite (toujours dans une attitude extrêmement théâtrale) frappe dans le dos de son collègue en pouffant :

    " - Tu entends ça Marc ? Est ce qu'il lui est arrivé quelque chose ? Elle est forte, on l'imaginerait presque sincère !! Aaaah ça, il est doué le Jérémy pour se dégoter des complices dignent de ce nom ... Regarde-la avec son visage de fille bien rangée, on lui donnerait le bon dieu sans confession !!"

    Mais bordel - passez moi l'expression- quelle tête de con celui-là... Ma patience atteignant ses limites, je ne peux me contenir plus longtemps:

    " - Bon alors sauf votre respect, j'aimerai qu'on m'explique réellement ce qu'il se passe ici et pourquoi il est apparemment normal qu'on me prenne ouvertement de haut, et ce à grand renfort de réflexions sans fondements ? Dites-moi clairement les choses parce que sinon on est parti pour la nuit, et très sincèrement j'ai d'autres projets pour la soirée."

    Le policier de gauche sourit et prend en fin la parole:

    - Très bien, je vous l'explique pour le principe: Monsieur Jérémy M. a été impliqué dans de nombreuses affaires, pour lesquelles il a été jugé et condamné à des peines d'enfermement relativement courtes, mais également  à une interdiction de territoire formelle dès sa sortie de prison, dans le cadre du programme de protection des témoins..."

     Alors cella-là ... Je ne l'attendais tellement pas qu'elle m'arrive droit dans le visage; Je savais que Jérémy avait une personnalité un peu borderline, j'en avais pris conscience déjà à l'époque, car il aimait vraiment le danger. Quand nous étions ensemble, nous avons partagé des choses folles, notre relation un peu sombre était basée sur l'adrenaline, les risques que seule la jeunesse excuse que vous preniez bêtement. Il est ma première grande histoire, celle que les filles garde en mémoire, enfermée dans une boite colorée. Même si avec le recul, j'ai désormais conscience que c'était une passion dangereuse, dévorante et franchissant parfois la limite de la folie, j'en garde un souvenir souriant, un peu abasourdie par la personne qu'il avait pu faire de moi quand j'étais jeune, en poussant mes paramètres à l'extrême, gommant certaines de mes limites.

    " - Vous avez posé une question, et la réponse ne vous intéresse pas ?"

    Le méchant policier de droite me tire précipitamment de mes réflexions.

    " - Si, si, bien sur, excusez-moi c'est juste que je suis un peu stupéfaite de ce que je viens d'entendre.

    - Bah voyons.

    - Mais je ne vois toujours pas ce que je viens faire dans votre histoire?

     

    - Oui ... Oui ... On y vient. Donc notre homme est sorti de prison depuis environ six mois, et croyez bien qu'on le surveille comme le lait sur le feu. Il doit se rendre chaque mercredi au commissariat de l'autre côté de la frontière espagnole, là où il est censé résider désormais, pour certifier de sa présence. Or cette semaine, il ne s'est pas présenté. Nous sommes aujourd'hui samedi et il est toujours introuvable. 

    - D'accord...

    - Jusqu'alors, l'étude de la téléphonie ne donne rien, pour la bonne et simple raison que Jérémy M., doit utiliser des téléphones à cartes pré-payées, que nous ne pouvons pister. Mais ce matin, et attention c'est la que vous devez soigner votre arrivée, bingo, il est entré en contact avec vous !

    - Pardon ? Mais non pas du tout ... Je vous dis que je ne lui ai pas parl...

    - Pof pof pof !! Regardez donc ici."

    Pof pof pof ?? Mais qu'est ce que c'est que cette expression qu'il utilise dès qu'il se sent pousser des ailes celui-ci ? Il poursuit en me tendant un papier:

     

    02.

     

    " - Voici la liste des appels et messages textes émanant de son numéro de téléphone. Voyez par vous même, à 10 heures 58 précisément, votre numéro apparaît sur le listing. Félicitations, vous êtes l'une des seuls élus.

    Le texto de l'inconnu !! C'était donc Jérémy... Mais pourquoi voudrait-il subitement entrer de nouveau en contact avec moi ? De plus, aux vues de sa situation actuelle, quel serait l'intérêt de m'écrire après toutes ces années, juste pour me souhaiter mon anniversaire ?

     

    L'agent de gauche, maintenant debout, me tapote sur la main :

     

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • 

    - Alors c'est bon Haily, on passe à table maintenant ? 

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

     

     

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  • 03.

    Ça a pris un certain temps avant de faire entendre raison aux deux flics persuadés que je suis la complice restée intra-frontières de Jérémy afin qu'il puisse poursuivre ses petites affaires à distance.

    J'ai pourtant mis tous les arguments de mon côté en dégainant mon téléphone et le texto en question afin de prouver qu'il s'agit bien d'un simple message d'anniversaire, j'ai même posé sur la table ma carte d'identité prouvant ainsi ma date de naissance et ma bonne foi. 

    Mais non ... On a fait le tour de toutes les présomptions possibles et inimaginables : Aux yeux des deux agents, le scénario est très clair: Ils sont certains qu'en temps normal j'utilise moi aussi un second téléphone pour les échanges privés entre Jérémy et moi. Aujourd'hui, prise dans les préparatifs des festivités, je l'aurai oublié et Jérémy n'ayant pas d'autre choix que de me contacter sur mon portable officiel pour une affaire urgente, il aurait été contraint d'envoyer un message crypté, sous couvert d'un texto d'anniversaire, mais voulant en réalité dire tout autre chose. 

    (Il est certain qu'ils feraient de très bons scénaristes pour Netflix, ceci-dit).

    " - Ai-je le droit de téléphoner a mon avocat ?

    Je questionne, voyant qu'ils n'en démordraient pas.

    - Oh, mais bien entendu."

    Me répond le flic de gauche, un sourire puant de satisfaction sur le visage.

     

    Sous escorte d'une jeune policière appelée pour l'occasion, je saisi le téléphone public situé dans le hall du commissariat (puisque utiliser mon téléphone personnel est interdit ici).

    Marie décroche au bout de la troisième sonnerie.

    3.- Allo, oui ?

    - Marie, c'est moi ... J'ai honte de te demander ça mais, est-ce-que tu peux venir au commissariat du deuxième arrondissement s'il te plait ?

    - Haily ?? 

    - Oui, c'est moi. Tu es disponible ? S'il te plait ... J'ai besoin de ton aide.

    - Mais enfin ... ? C'est une blague, qu'est ce qu'il se passe ? Est-ce-que tout va bien ?

    - Oui, j'ai juste besoin de mon avocate. Je t'expliquerai tout, c'est un malentendu.

    - Bon, j'arrive tout de suite.

    - Merci ... "

     

    Je raccroche extrêmement soulagée que mon amie vienne à mon secours, malgré la culpabilité de l’inquiéter comme ça pour rien. Ce sera l'occasion d'admirer l'étendue de ses talents professionnels, on ne voit que trop rarement ses amies dans l’exercice de leurs fonctions.

     

    Une vingtaine de minutes plus tard, je reconnais le martèlement de ses talons sur le carrelage du Hall, et c'est sans surprise pour moi que Marie fait son entrée dans le bureau des deux têtus.

    " - Bonjour, Maitre Marie P., avocate de la jeune femme ici présente.

    Annonce-t-elle, faisant un signe de tête aux policiers tout en me désignant, avant de poursuivre:

    " - Pourrai-je m'entretenir une minute avec ma cliente s'il vous plait ?

    - Il va de soit."

    Lui rétorque monsieur l'orgueilleux, en se levant de son siège.

     

    A peine les deux policiers éloignés, Marie me lance un regard rempli de suspicions:

    - Bordel Haily, qu'est-ce-que tu as foutu ?

    - Mais je t'assure, c'est une histoire de dingue... Je n'ai rien fait.

    - En quinze ans d'amitié j'en ai vues de belles avec toi, mais venir te chercher au poste ..."

    Je baisse la tête un peu honteuse. Pour ma défense elle n'exerce son activité que depuis deux ans, après de (trop) longues études et l'obtention de son diplôme, alors je lui donne une belle occasion de faire ses preuves.

     Elle sert mes doigts et me regarde dans les yeux:

    " - Explique-moi tout s'il te plait, que j'ai le maximum d'éléments en mains pour te sortir d'ici.

    - D'accord, merci. Alors en fait c'est très bête, Jérémy m'a envoyé un texto pour mon anniversaire ce matin.

    - Jérémy qui ? Celui de l'époque, ton ancien petit copain de quand nous étions ados ?

    - Bah oui, lui ! Je te rassure je n'y comprends rien non plus, ça fait presque dix ans que je n'ai pas eu de ses nouvelles ...

    - Bon ok ... Et ensuite ?

    - Eh bien voilà, c'est là le problème: Ces deux flics sont venus cogner comme des malades à la porte de chez mes parents, me sommant de venir avec eux et que je savais pertinemment de quoi il retournait. Arrivés ici, ils m'ont expliqué que Jérémy est en fait un ancien détenu, qu'il trempe dans de sales affaires et qu'il est fiché partout.

    - Ouh la la ...

    - Il est même interdit de territoire Marie... Qu'est ce qu'il a pu faire pour qu'on veuille même protéger des gens face à lui ?

    - On n'est pas là pour s'inquiéter pour lui Haily.

    - Oui c'est vrai... Enfin quand même. Mais voilà, il semblerait qu'il n'ait pas pointé au commissariat cette semaine, et j'ai beau dire aux flics que j'ignorais absolument tout et que c'est une pure coïncidence qu'il m'ait envoyé ce p**** de texto aujourd'hui, ils n'en démordent pas, pour eux c'est un message crypté et je suis la complice de Jérémy.

    3.

    - Mais attends, ils ont quoi contre toi ? Tu as avoué quoi que ce soit ?

    - Non ! Bien sur que non, je t'assure que je n'ai rien à voir la dedans.

    - Et mis à part ce message, il y a d'autres preuves de vos communications ? Des appels, traçages téléphoniques, témoignages de personnes qui vous auraient vus ensemble ou entendus discuter ?

    - Non, bien sur que non ... je n'ai eu aucun lien avec lui en dehors de ce message auquel je n'ai même pas répondu d'ailleurs.

    - Mais j'hallucine !"

    Elle bondit de sa chaise en direction des policiers et les engueulerait presque:

    " - Excusez-moi messieurs, veuillez restituer ses affaires personnelles à ma cliente, nous partons!

    - Comment ça, vous partez ?"

    Interroge (en exagérant le ton) le policier resté désagréable depuis le départ. Marie ne cille pas, droite dans ses bottes malgré les regards à la limite de la correction que lancent les deux hommes dans sa direction.

    " - Vous m'avez très bien entendu, nous partons. Depuis quand un texto reçu, ne contenant qui plus est rien d'incriminant,   est un motif recevable pour un maintien en garde à vue ? Vous n'avez absolument rien de concret pour donner allégeance aux accusations faites envers ma cliente. Elle n'a donc, de ce fait, absolument RIEN à faire ici."

    Les flics ont l'air en colère et je me fais toute petite en attendant de savoir de quel côté tombera la foudre. A ma grande surprise, je les vois saisir le bac en plastique dans lequel ils m'avaient fait déposer certaines de mes affaires en arrivant ici.

    En les voyant le jeter sur la table, Marie ne peux se contenir:

    " - Allons messieurs, vous savez tout comme moi qu'un abus de pouvoir tel que celui dont vous avez fait preuve aujourd'hui pourrait suffire a vous faire déposer vos plaques dans la foulée. Ne soyez pas incorrects de surcroît."

    Je reste stupéfaite par son aplomb, mais avec un tel sentiment de fierté... De plus, je lui suis extrêmement reconnaissante en enfilant ma montre et en nouant de nouveau les lacets de mes chaussures.

     

    De retour au grand air, Marie me propose gentiment de me ramener à destination. Dans la voiture, je la remercie mille fois de m'avoir sorti de ce pétrin.

     - Jérémy alors, hein ?

    Me lance-t-elle avec un clin d'oeil, en démarrant.

    - Ecoute je ne sais pas ce qu'il me veut, mais très sincèrement il aurait mieux fait de rester là où il était celui-là !

    - Tu vas lui répondre ? Fais attention Haily, si il est sur écoute téléphonique ça peut devenir compliqué après.

    - Je sais, mais je suis partagée. C'est quelqu'un qui a été important pour moi.

    - Je le sais, c'est bien ça qui me fait peur.

     

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • 

    - Et pour être honnête, cette histoire a réussi a piquer ma curiosité...

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • 

     

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  • 04.

    Lorsque nous arrivons dans la rue où vivent mes parents, la familiarité des lieux est rassurante et fait redescendre mon taux d'adrénaline à un niveau normal.

    Le soir est tombé, je suppose que la plupart des invités sont arrivés et j’imagine déjà l'état de panique de ma mère à l'idée d'expliquer la raison de mon absence. Après que Marie ait poliment refusé mon invitation à rester pour la fête (elle n'a jamais été une adepte des réunions de famille), je monte en quatrième vitesse les escaliers jusqu'au seuil de l'appartement.

    J'inspire un grand coup avant de frapper à la porte, espérant qu'il n'ait pas été révélé au grand jour que je n'assisterai pas à ma propre soirée d'anniversaire car j'ai été conduite au poste de police.

    Mon père m'ouvre, visiblement soulagé de me voir entière:

    " - Mon dieu Haily, file dans la salle de bain te rafraîchir. "

    Me somme-t-il en me permettant de me faufiler dans le couloir. A peine ai-je fermé la porte et atteint le lavabo que ma mère se glisse dans la pièce et pousse le verrou.

    " - Maman, c'est une incroyable mép...

    - Personne ne sait, tu m'entends ?! J'ai prié pour que tu reviennes dans les temps, inventant une absurde histoire de surprise organisée par tes copines pour justifier de ton retard. Absolument aucun membre de la famille n'est au courant que tu as été embarquée par la police il y a cinq heures de ça. Alors, PAS UN MOT.

    - Je te remercie de te soucier de savoir si je vais bien maman, c'est très gentil. 

    - Qu'est ce qu'il se passe Haily ? Tu as fais une connerie ?

    - Mais pas du tout ! Justement !

    - Bon, bon, viens, tu as assez fait attendre tout le monde. On en reparlera plus tard."

    Je prends deux secondes afin de me passer un jet d'eau fraîche sur le visage puis nous partons l'une derrière l'autre en direction du salon.

    Le bruit de fond qui me parvient au fur et à mesure que nous évoluons dans l'appartement, fait de voix familières et rassurantes, me réchauffe le coeur. Je suis impatiente de retrouver tout mon petit monde.

    Avant d’accéder à la pièce, ma mère fait volte-face dans ma direction:

    " - J'allais oublier, il y a une grosse surprise pour toi."

     

    J'entre dans la salle à manger en survolant l'assemblée du regard. Ma fille se précipite dans mes jambes et je la prends dans mes bras tout en continuant d'avancer afin de saluer toutes les personnes ayant fait le déplacement en mon honneur ce soir.

    Aucune question ne m'est posée, effectivement personne ne paraît-être au courant de l'aventure qui vient de m'arriver.

    Je dit bonjour à mon oncle Henri, le frère de ma mère, qui discute avec la plus belle partie de mon coeur : Mamie sacrée.

    Ma grand-mère, j'ai beau être devenue une adulte, quand je me vois dans ses yeux j'ai l'impression d'avoir cinq ans. Je dépose Noanne à terre pour pouvoir la prendre dans mes bras:

    "- Tu me serres un peu fort ma chérie.

    - C'est que je suis heureuse de te voir mamie.

    - Alors, cette sortie ?

    - Cette sortie ? 

    - Eh bien, avec tes copines ! C'était bien ?"

    4.

    Je me remémore les confidences de ma mère et reprends instantanément la face:

    " - Oui, pardon, c'était super ! On a bien mangé... D'ailleurs, je ne sais pas si je serai capable d'avaler encore quoi que ce soit ce soir..."

    Lui mens-je. Elle me fixe de son air je-comprends-bien-qu'il-y-a-entourloupe-mais-je-vais-faire-comme-si-de-rien-était et me sourit, puis me désigne mon frère assis auprès de notre Grand-Ma : mon autre grand-mère, la mère de mon père, qui est à moitié américaine.

    Elle a eu un droit de regard sur nos prénoms à mon frère et moi, c'est pourquoi ils paraissent aussi originaux. Enfin je ne me plains pas, lui s'appelle Josh. Au moins, lorsque nous étions enfant, nous n'avons jamais eu à nous inquiéter qu'un autre élève de l'école ne s'appelle comme nous.

    Je salue donc Grand-Ma, saisissant sa main pour la porter contre ma joue avant d'y déposer un baiser. Il y a un respect de la hiérarchie très important dans ma famille paternelle, certains réflexes sont acquis depuis le plus jeune âge.

    Seules deux des soeurs de mon père sont présentes, les trois autres vivant quant-à elles aux Etat-unis.

     

    J'aperçois à son tour Damien, près du buffet que ma mère a mis en place pour l'apéritif. Il ne se déplace pas pour m'accueillir et me regarde plutôt d'un air mauvais. Allons bon ...

    Une autre silhouette accroche à son tour mon regard: Ce grand mec un peu en retrait dans un coin, d'où sort-il ? Je ne crois pas l'avoir déjà vu. En m'entendant approcher, il tourne la tête dans ma direction... Et finalement, ce visage, ces traits, ce regard... me rappellent quelqu'un. Mais qui ?

    Au même instant, ma mère, sortie de nulle-part, apparaît à mes côtés et accélère mon approche vers l'individu en saisissant4. mon bras:

    4." - Haily, regarde qui est venu te souhaiter un joyeux anniversaire !

    M'annonce-t-elle d'un air mi-figue, mi-raisin.

    - Oui, qui donc ?

    Je réponds, un sourire gêné sur le visage. Ma mère poursuit:

    - C'est Jérémy ! C'est fou je ne l'ai pas reconnu moi non plus. Après toutes ces années c'est normal, surtout qu'il a beaucoup changé !"

    Le salopard. Il m’envoie chez les flics après dix ans de silence radio, et en plus il a le culot de se pointer comme une fleur chez mes parents.

    Partie sur sa lancée, ma mère continue son ascension dans le monde des Bisounours:

    " - Il passait dans le coin et s'est souvenu de l’événement familial que nous organisons chaque année pour ton anniversaire. Alors il a eu la gentillesse de s'arrêter faire un coucou, c'est adorable non ? Après tout ce temps il a tout de même pensé à toi."

    Bah voyons, mais c'est qu'on va bientôt lui décerner une médaille à ce brave garçon!

    Je suis extrêmement perturbée par sa présence, ayant un peu de mal à dissocier celui qu'il est aujourd'hui de l'image que mon cerveau me renvoie, tel qu'il était à l'époque. Il est certain que ma mère a raison sur un point: Il a rudement changé. Le gamin de dix-sept ans est devenu un grand gaillard avec des traits beaucoup plus achevés et durcis, mais toujours avec ce regard bleu profond qui me rendait folle à l'époque. 

    Il m'embrasse sur les deux joues et j'en profite pour lui souffler à l'oreille qu'il va falloir que nous parlions, en appuyant mes mots de mon regard assassin (marque déposée). Au même moment, Damien arrive avec Noanne: Il a l'air furax au regard de la situation et le je comprends, bien que je n'ai rien à me reprocher. 

    C'est vrai que, à quelques jours de son grand départ, voir ce beau mec avec des ondes malsaines flottants autour de lui débarquer tout droit du passé, il est normal qu'il ressente une certaine inquiétude.

     

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

    Et en toute franchise,

    je ne suis guère plus rassurée que lui ...

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  • 05.

    A peine une heure plus tard, Jérémy me fait comprendre d'un signe qu'il souhaite s'en aller.

    Je le raccompagne jusqu'à la porte, l'occasion pour moi de pouvoir enfin lui parler en privé:

    - Merci pour ce grand retour en fanfare, mais sans la petite virée au poste j'aurai peut-être un peu plus apprécié ta visite !

    - Excuse-moi Haily, je n'ai jamais voulu t'impliquer dans cette histoire... C'est juste que ça me tenait à coeur de te revoir au moins une fois avant que ça ne s'envenime.

    - De quoi tu parles ? Qu'est ce qui va s'envenimer ?

    Puis je chuchote un peu plus bas:

    - Jérémy qu'est ce qu'il se passe ? Je suis au courant pour ton interdiction de territoire, qu'est ce que tu fous bon sang ? Les flics te cherchent de partout, et sachant que je suis la seule personne que tu as contacté depuis que tu ne t'es pas présenté au pointage, tu penses bien qu'ils doivent surveiller mes alentours ... 

    - Ne soit pas inquiète pour ça.

    - Mais comment peux-tu être aussi détaché de la réalité ? Si ça se trouve ils attendent bien tranquillement de te cueillir devant l'immeuble au moment même où tu sortiras d'ici !

    - J'y ai déjà pensé, tu me prends pour un imbécile ? C'est bien pour ça que, si ça ne t'ennuie pas, j'aimerai la jouer à l'ancienne et emprunter l'issue de secours...

    - Comment ça ? Oh! mon ancienne chambre ?!"

    Je n'en reviens pas qu'il me fasse le coup de la fenêtre ! Quand, adolescents, nous voulions nous voir mais que mes parents ne me laissaient pas sortir de la maison, Jérémy grimpait par la gouttière de la cour, à l'arrière de l'immeuble, et me rejoignait dans la pièce qui était ma chambre à l'époque. L'appartement de mes parents se situant au premier étage, les risques n'étaient pas bien grands, mais quand même.

    Je souris malgré moi à l'évocation de ces souvenirs rebels et, bien que ma raison m'indique qu'appliquer son plan d'évasion me rend coupable de complicité, je claque la porte comme s'il partait et lui attrape la main pour nous faufiler jusqu'à la pièce en question, devenu le bureau de ma mère.

     

    Une fois à l'intérieur et grisée par le petit pic d'adrénaline, je me retourne vers lui:

    " - Presque dix ans sans te voir, et voilà qu'en à peine une journée  je suis de nouveau entrain de faire des conneries. Qu'est ce qu'il s'est passé dans ta vie Jérém ? Pourquoi tu en es là ?

    - On n'est pas bien ici pour discuter, Haily. Mais si tu veux, rejoins-moi jeudi prochain à cette adresse."

    Il fouille dans sa poche et me tend un petit post-it:

    - Mémorise-là et brûle le papier.

    5.

    Il ne veut pas que je le mange son papier, pendant qu'on y est ? En réfléchissant à sa proposition, je reprends pieds dans la vie réelle:

    - Jeudi ? Je ne peux pas, c'est précisément le jour où Damien s'envole pour sa mutation aux Etats-Unis!

    -Viens Haily, s'il te plait ... Si ça se trouve c'est la dernière fois que...

    Il s'arrête net dans sa phrase, soupire, puis me regarde droit dans les yeux:

    - Viens, s'il te plait. Au nom de ce qu'on a pu vivre tous les deux.

    - Tu joues sur les sentiments ..."

    Il appuie encore une fois sa demande en me perforant les yeux de son regard ... C'est clairement de l'anti-jeu, il sait pertinemment qu'il a toujours fait ce qu'il voulait de moi en utilisant cette arme là. Et bien entendu ...

    5." -  Très bien, je viendrai, mais tu as intérêt de tout me dire.

    - C'est promis."

    Il me dit au revoir, enjambe le rebord de la fenêtre et agrippe le vieux tuyau dans un geste quasiment familier. Je m'inquiète en voyant la gouttière trembler sous ses mouvements:

    - Olala fais attention, tu n'as plus le même gabarit que quand on était gamins  ...

    - Et plus la même souplesse ! " 

    Me répond-il en souriant, tout en poursuivant sa descente illégale.

    Ca me ramène des années en arrière, mon coeur se serre en nous revoyant dans cette vieille maison dans laquelle il vivait près du fleuve, le CD que nous laissions souvent tourner en fond sonore, les chansons qui seront toujours associées au moment fatidique durant lequel il m'avait annoncé :" - Ma mère a trouvé un boulot de l'autre côté du pays. On part dans moins de deux semaines." me fauchant ainsi littéralement en plein bonheur.

     

    Une fois certaine qu'il a mit le pied au sol, je referme la fenêtre en le regardant s'éloigner dans la nuit, l'image se superposant parfaitement à mes souvenirs. 

    C'est un peu chamboulée que je repasse la porte du bureau, sans aucune notion du temps qui s'est écoulé depuis que j'ai indiqué aux invités que je raccompagnais Jérémy jusqu'à la porte...

     

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    Mais à voir la tête que Damien tire lorsque je suis

    de retour au salon, probablement un peu trop longtemps.

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  • 06.

    Le jeudi fatidique est arrivé, ce matin j'ai accompagné Damien jusqu'aux portes d'embarquements.

    Je l'ai serré fort, j'ai pleuré un bon coup, et puis après l'avoir entendu me promettre qu'il reviendrait pour fêter Noël avec nous, je l'ai laissé partir ... 

    Arrivée dans la voiture, mes larmes coulaient encore lorsque le sentiment de haine qui a traversé mon coeur m'a prise de court. Après trois ans de vie commune, fallait-il encore que je m'accroche a cette relation à sens unique ? Damien a beau tenir de jolis discours, ses actes ne concordent pas avec ses belles paroles.  Agrippée à mon volant, je me surprends à les détester encore un peu plus, lui et son égoïsme. 

    Si j'étais honnête avec moi-même, j'avouerais clairement que seule deux petites ficelles me retiennent à lui: Notre fille, et la sécurité de notre quotidien.

     

    Mes larmes à peine séchées, me voilà entrain de courir en direction de mon rendez-vous avec Jérémy. Après avoir suivi à la lettre ses recommandations, a savoir: Faire deux fois le tour de pâté de maison afin de vérifier qu'aucune voiture de flics en civils ne me suit, puis me garer à deux rues de l'adresse pour une nouvelle fois avoir la certitude que même à pied, personne n'est derrière moi, je rejoins l'immeuble en question.

    J'arrive dans le grand hall d'un immeuble plutôt classieux, mais je ne sais pas trop vers quel étage me diriger. Par réflexe, je me tourne vers les rangées de boites aux lettres afin d'y trouver un éventuel indice.

    6.

    " - Tu penses réellement que mon nom serait inscrit à la vue de tous la dessus?"

    Je ramasse mon coeur au sol pendant que Jérémy sort d'un petit recoin sombre, à côté de la cage d'escaliers.

    " - Putain, j'ai failli faire un arrêt cardiaque ! T'es malade de rester tapis dans l'ombre comme ça.

    Il a un large sourire et me prend dans ses bras:

    - Je suis content que tu sois là."

    Il attrape ma main et nous prenons place dans l'ascenseur. Je dois avouer que c'est un peu bizarre de se retrouver là, si proche l'un de l'autre.

    Arrivés au dernier étage, seule une porte d'entrée est disponible à notre sortie de la cabine. L'appartement dans lequel nous nous rendons occupe à lui seul tout le dernier palier. A peine le seuil franchit, je suis impressionnée par les dimensions de l'endroit:

    "- Oh ! Mais, chez qui somme-nous ?

    J'interroge, admirative et encore le nez en l'air.

    - Dans notre humble demeure, chez Dany et moi."

    Je ne suis pas autrement surprise d'entendre ce surnom surgir d'un lointain passé.

    " - Daniel ? Génial, je suis ravie d'apprendre que vous êtes toujours amis. Et donc si je comprends bien, tu ne vis absolument pas en Espagne...

    - Non Haily. Je pars, je pointe, je reviens. C'est un coût de faire ces aller-retour chaque semaine, mais je ne peux pas tout lâcher et partir comme ça, ma vie est ici, qu'importe ce que la justice ou qui que ce soit en pense.

    - Mais ... Ca ne peut pas être aussi facile ?!

    - Ça ne l'est pas. J'utilise les papiers de Daniel pour voyager et passer la frontière. L'appartement et tout ce qui s'y trouve sont à son nom également. Je n'existe officiellement nul part dans ce pays, et pour personne."

    Je sens une pointe de tristesse dans sa voix à la fin de sa phrase. Il me pousse par la taille en m'indiquant d'entrer dans le salon.

    La pièce est magnifique, écran géant, bar, larges canapés et vue splendide sur toute la ville à travers d'immenses baies.

    Je suis on ne peut plus admirative, et le reste de la visite ne fait qu’accroître la certitude que nous sommes dans l'appartement de mes rêves: Des pièces spacieuses, lumineuses et remplies d'objets de créateurs...Toutes des versions uniques ou en éditions limitées! Clairement j'en prends plein la vue, tout est rare, cher et beau. Ces messieurs ont bons goûts, c'est peu de le dire.

     

    De retour au salon, Jérémy me propose un verre après m'avoir invitée à m'asseoir. Le canapé est si profond qu'il faut que je remonte de temps en temps à la surface pour reprendre ma respiration.

    6.

    D'ailleurs, quand Dany fait son entrée, je suis si bien engloutit dans cette mer de cuir qu'il ne me remarque même pas:

    " - Ce boulot de merde commence à me prendre la tête!

    Grogne-t-il en claquant la porte. Jérémy n'a pas encore le temps de l'informer de ma présence qu'il enchaîne:

    - Tu peux me filer un sachet ? J'en n'ai plus et franchement, une bonne ligne me ferait du bien!

    Je n'ose plus bouger, un mauvais ressenti immobilisant mes membres. J'interroge Jérémy du regard, lorsqu'il lance à Dany:

     - Voyons, un peu de tenue mon cher en présence d'une dame!"

    Daniel tourne la tête dans ma direction, fronçant le nez et les sourcils avec l'air de celui qui réfléchit:

    " - On s'est déjà vu non ? Ton visage me dit quelque chose ...

    - Le contraire m'étonnerait.

    Dis-je d'un air faussement assuré.

    - Haily ?

    Hasarde-t-il, avec le regard de quelqu'un qui aurait vu un fantôme.

    - Bonne pioche! Et en toute sincérité, je suis ravie de te revoir Dany.

    Nous restons à discuter cinq minutes, puis il part s'isoler dans sa chambre.

     

    Je me retourne stupéfaite vers Jérémy :

    - Est ce que maintenant il serait possible d'avoir une explication concernant ce qu'il se passe ici ?

    - Je me demande si c'est vraiment utile...

    - Oh que si c'est utile, je dirai même nécessaire ! Figure-toi que j'apprécierai vraiment de connaitre la raison pour laquelle j'ai atterri chez les flics le jour de mon anniversaire! C'est quoi ce délire ?! Il te demande une ligne, tu fourgues de la Coke ?? C'est ça ton job ??

    - D'une certaine manière...

    - Non mais j'hallucine ! C'est bien la peine de me faire une visite guidée de ton château, tu parles d'une fierté !! Et ça ne doit pas être une petite affaire pour que tu sois déjà tombé plusieurs fois !

    Je suis hors de moi, plus en colère qu'il ait gâché sa vie plutôt que contre ses agissements. Mais comment a-t-il pu en arriver là? Pourquoi faire ces choix ? Jérémy tente de contenir mes cris, et en attrapant ma main il m'ordonne:

     

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    - Moins fort Haily ! Viens par là ...

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  • 07.

    Jérémy m’entraîne vers sa chambre, située tout au fond de l'appartement. Je ne sais pas ce qu'il a en tête ni si je dois avoir peur ou lui faire confiance, alors que je croyais le connaitre par coeur.

    Une fois à l'intérieur de la pièce, je me prends une brasse digne de ce nom:

    " - BORDEL HAILY !! Tu ne veux pas prendre un mégaphone et alerter tous les voisins de ce qu'il se passe ici ? Putain, je me tue à vivre dans la discrétion la plus totale, et tu te mets a hurler comme une furie dans l'appartement dès la moindre contrariété!

    Dites-moi que c'est une blague ... Où est la caméra ?

    - Tu te moque de moi j'espère ? Je te rappelle que c'est TOI qui m'a demandé de venir et de manger ton papier ! Tu n'étais plus dans ma vie depuis dix ans Jérémy, et d'un coup tu surgit d'on ne sait pas où et me voilà embarquée dans des histoires abracadabrantes !! Je n'ai rien demandé, j'étais très bien, j'avais une stabilité et ...

    - ...Et un connard a tes côtés qui passe plus de temps a se regarder le nombril qu'a se soucier de ta fille et toi ? Oui, j'ai pris note, excuses-moi d'avoir perturbé ton bonheur apparent. 

    - Je ... NON MAIS DE QUEL DROIT TU ME JUGES ? C'est vrai que de ta place de choix, en tant qu'ex-taulard en cavale et interdit de territoire, tu peux te permettre de donner ton avis sur l’existence des autres !!

    - C'est simplement un constat ... Haily en une soirée j'ai pu mettre une étiquette sur ce mec ! Comment tu peux te contenter de quelqu'un comme ça ?? Ceci dit, ta réaction me rassure et me montre que tu n'es pas devenue si bête que ça.

    - Qu'est ce que tu veux dire ?

    - Regarde toi, tu t'énerves ! Et de ce que je me souviens, tu te braquais toujours de cette façon quand tu savais que tu étais en tord.  Je suis content de savoir que tu as toute ta tête, mais que tu t'amuses a garder les yeux fermés. Et pour mémoire, je t'avais dis de le brûler le papier, non pas de l'avaler, mais à ta guise hein."

     

    Ah non, non, non ! Il est hors de question qu'il ait le dernier mot comme ça. Alors que je réfléchi à ma prochaine réplique, il me coupe l'herbe sous le pied en se détournant pour ouvrir son placard mural.

    Dissimulé derrière les vêtements, j’aperçois une forme sombre. Jérémy me demande de me rapprocher et je comprends qu'il s'agit d'un coffre-fort scellé au mur. Il sort un petite clef de sa poche et entreprends de le déverrouiller.

    Ce que je distingue me laisse sans voix: Les deux premières étagères débordent de sac de poudre blanche, tandis que sur celle du dessous, des boites noires sont alignées en rang. Jérémy en saisit une et l'ouvre devant mes yeux: A l'intérieur est rangé un très grand nombre de billets, de quoi rendre dingue n'importe quel individu normalement constitué. A vu d’œil il y en a au moins pour dix milles euros en petites coupures. La tentation est grande et j'effleure une liasse du bout des doigts, juste pour me dire qu'une fois dans ma vie j'ai pu toucher autant d'argent en une seconde.

    7.

    Je regarde Jérémy, incrédule. Ainsi c'est bien réel, le jeune garçon que j'ai connu est devenu un gangster.

    " - Les flics vont te mettre la main dessus tôt ou tard... Il faut que tu files...

    Je lui conseille, de nouveau un peu charmée par celui a qui j'étais tant attachée.

    - Les flics à la limite, ce ne sont pas les plus méchants.

    - Mais comment as-tu pu changer à ce point ? Celui que j'ai connu était quelqu'un de bien."

     

    Il vient s'asseoir auprès de moi et enfin, il m'explique ! Apparemment (encore une fois!) tout est de ma faute:

    - Tu te souviens qu'on s'est quitté à cause d'un départ imposé par ma mère ? 

    - Oui bien sur que je m'en souviens, elle avait trouvé un job dans une autre ville. 

    - Voilà. Mais, en fait ce que tu n'as jamais su, c'est que quelques mois plus tard j'ai décidé de revenir ici.

    - Comment ça ?

    - En toute sincérité, je ne me suis jamais adapté à la vie là-bas, la région et les mentalités étaient beaucoup trop différentes d'ici. Et puis évidement, tu me manquais ! Haily tu as été mon premier amour, on était des gamins, on a tout fait ensemble... J'ai rencontré d'autres filles là-bas, mais ça ne collait jamais, et pour être sincère je pense que je recherchais un peu notre relation dans chacune d'elles... Forcément ce n'était jamais le cas."

    Je reste bouche-bée devant tant de sincérité. Face à la carrure et l'aplomb qu'il possède désormais, je n'aurai jamais cru que l'on puisse discuter de sentiments. Il perçoit ma surprise, toutefois il poursuit:

    7.

    " - J'ai demandé plusieurs fois à ma mère qu'on puisse revenir ici. Bien sur 7.elle n'a jamais 

    voulu, et maintenant je comprends sa position car c'était l'opportunité de sa vie. Mais de mon côté, le feu brûlait à l'intérieur et tu sais comment je fonctionnais. 

    - Oui...

    - Une nuit pendant qu'elle dormait, j'ai pris quelques affaires dans un sac et je suis parti en direction de la gare. Je n'avais pas d'argent, j'ai sauté dans un train comme un vagabond, bien décidé à venir tout rebâtir de mes mains ici, et avec toi. J'étais presque majeur, la vie nous ouvrait les bras.

    Je suis figée et pendue à ses lèvres. Pourquoi n'est-il jamais venu se manifester ? Pourquoi ne jamais m'avoir dit qu'il était de retour et qu'il voulait qu'on reprenne une relation tous les deux ?  Avant que je puisse poser mes interrogations, les réponses sortent de sa bouche:

    - Au petit matin, c'était un samedi je m'en souviens très bien, je suis venu jusqu'à chez tes parents. J'ai attendu un long moment un peu plus loin car le soleil n'était pas levé, je ne voulais pas déranger. Mais voilà, j'ai dû m'assoupir dans l'herbe quelques heures, et quand j'ai rouvert les yeux il faisait jour et la matinée était bien avancée. j'ai ramassé le peu d'affaire que j'avais et j'ai voulu venir sonner à l'interphone, un peu stressé par avance de la réaction que tu pourrai avoir. On ne s'était pas vu depuis dix mois, et pas vraiment donné de nouvelles non plus. Et c'est là que je t'ai vue; Tu es sortie de l'immeuble, toute fraîche dans une petite robe comme tu en portait à l'époque...Avec lui.

    - Avec lui ? Mais qui ?

    Je suis tellement prise par son récit que la phrase sort d'elle même... Il s'esclaffe:

    - Ah ça je ne sais pas, mais pas le gugus avec qui tu es actuellement en tout cas !

    Je prends cinq minutes pour me remettre les idées en place et interpréter tout ce que je viens d'entendre:

    - Donc, tu étais revenu ... et tu ne me l'a jamais dit ?

    - C'est ça. Haily je t'ai entendu rire ce matin là et tu le regardais comme un Dieu! Tu as tellement pleuré pour moi quand je t'ai dis que je partais... Je n'ai pas eu le courage de venir m'interposer de nouveau, ça aurait été égoïste de ma part. Ceci dit, j'ai pu constater récemment que c'est un trait de caractère qui ne te pose pas de soucis chez tes partenaires, j'aurai peut-être du réfléchir plus longtemps."

    Il rigole, content de sa petite vanne. Prise par la discussion, j'en oublie que nous ne sommes pas seuls dans l'appartement, alors lorsque Dany entre en trombe dans la chambre je saute au plafond.

    " - Merde, j'aurai juré que tu serai nue !

    Lance-t-il tout naturellement en me regardant de haut en bas. Avant que je n'ai eu le temps de protesté et de revendiquer une certaine étique, il détourne le regard vers Jérémy et lui annonce :

     

     • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

    - Un message est arrivé sur le portable n°2,

    et franchement, ça ne sent pas bon mon pote.

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  • 08.

    8.

     

    Les garçons s'éloignent pour échanger quelques mots à voix basses; Cependant, de là où je suis la discussion me parait assez animée...

     

    J'ai beau me faire violence, je ne peux m'empêcher une ou deux tentatives pour écouter quelques bribes de leurs conversation.

    Lorsque Jérémy revient enfin vers moi (qui fait comme si je n'avais pas osé bouger d'un doigt de pied) c'est pour me dire qu'il faudrait remette nos confidences à plus tard et qu'il serait préférable que je m'en aille.

    Je râle un peu, la suite de son histoire m'intéresse beaucoup et c'est assez malvenu de sa part que de me mettre à la porte comme ça alors que nous devions nous expliquer.

    Suite à mon insistance et malgré son air visiblement contrarié, il accepte de finir en bonne et due forme notre conversation et m'explique ainsi qu'après m'avoir vue avec ce fameux prince charmant, il est allé errer par-ci par-là...

    " - J'ai retrouvé Daniel, et à cette époque là il avait quelques relations qui se lançaient dans un réseau de Go-Fast. 

    - Oh ?! C'est à dire ?

    - C'est un réseau de transport de drogue Haily, je ne peux pas trop t'en dire plus, mais sache que je ne touche à rien, je te le jure.

    - Bravo ! Tu veux une médaille ? Après tout, tu fais bien ce que tu veux, tu n'as pas de compte à me rendre. Mais ce n'est pas parce que tu n'es pas un camé que tu ne me déçois pas. Tu avais d'autres moyens de t'en sortir, d'autres choix possibles a faire."

    Il me regarde d'un air mi-coupable, mi-résigné et poursuit son argumentation:

    "- Je le sais ma belle, mais c'est tellement facile... Regarde autour de toi, on vit comme des princes !! Je peux offrir une vie décente à mon meilleur pote, qui lui se crève le cul à bosser en faisant la plonge dans une cuisine de restaurant pour un salaire de misère.

    - Alors pourquoi ses fameux amis ne l'ont pas engagé lui aussi ?"

    Il baisse un peu le ton afin d'être certain que Dany n'entendra rien de ses confidences :

    " - Ils ne l'estimaient pas à la hauteur, il n'avait pas les capacités pour tenir la route, et maintenant que le réseau s'est développé, je dois bien avouer qu'ils n'avaient pas tout à fait tord."

    J'aimerai creuser et connaitre la raison pour laquelle Jérémy est déçu de son ami, mais trop de questions me brûlent les lèvres concernant son activité :

    - Mais enfin, je ne comprends pas, tu conduis une voiture dans des convois pour aller chercher de la drogue ? Et tes restrictions judiciaires, tu fais encore ça sous l'identité de Daniel ?

    - Non je ne prends pas la route, je suis nourrice.

    - Ah ?! Étrange, j'aurai pourtant juré ne pas avoir vu d'enfant en train de sniffer dans le placard."

    Il sourit:

    " - Tu es bien toujours la même ... l'humour en toute circonstance. Non, en fait je garde une bonne partie de la drogue que mes collègues ramènent en attendant que le premier stock qu'ils rapportent chez le chef soit vendu. Lui ça l'arrange, car il prend moins de risque en ayant moins de matière avec lui, et moi je récupère de l'argent en tant que gestionnaire de l'entrepôt, mais aussi une commission sur les ventes de la drogue que j'ai gardé. C'est donnant-donnant: Plus j'en accepte, plus j'ai de commissions, mais plus les risques sont plus grands si jamais l'appartement est perquisitionné.

    Je commence à prendre conscience de l'ampleur de cette affaire, de sa place dans ce réseau et de la dangerosité de tout ça:

    " - Mais enfin Jérémy, c'est une histoire de dingue ! Comment tu as pu en arriver là ... Je n'en reviens pas... Et t'entendre dire que c'est de ma faute, je ...

    - Je n'ai jamais dit que c'était de ta faute. J'ai précisé que les circonstances ont fait que j'ai pris cette voie.

    - Oui, mais...  Enfin bref, et Daniel alors ? Pourquoi représente-t-il un problème ?"

    8.

    Il hésite a me répondre, conscient qu'il m'en a déjà beaucoup dit alors qu'au départ de notre conversation il n'avait pas l'intention de rentrer dans les détails. J'insiste:

    " - Jérèm tu peux me le dire ! Je ne vais pas aller le lui répéter, et tu viens de m'expliquer plus grave que ça je suppose.

    - Oui, d'ailleurs je vais probablement devoir me débarrasser de toi."

    Un frisson me parcours et le sentiment de peur doit se traduire sur mon visage car il explose de rire et attrape mon bras:

    " - Je plaisante Haily, enfin ! Tu penses vraiment que je pourrai te faire du mal ? Je ne t'aurai rien dit si j'estimai que tu représentais un quelconque danger pour moi! Même après si longtemps sans te voir je ne suis pas fou, j'ai confiance en toi. Et pour te répondre concernant Daniel, comme tu as pu le constater en arrivant il a tendance à taper dans ma marchandise facilement, et désormais c'est un peu trop régulier. Je le soupçonne même de venir se servir quand je m'absente.

    - Oh !! Mais tu vas avoir des problèmes ?

    - J'en ai déjà, et ça devient compliqué car pour eux il y a seulement deux solutions: Soit je vends derrière leurs dos pour me faire de l'argent directement sur le stock, soit je tape dans la matière. Or ils savent très bien que je ne consomme rien.

    - Donc le colocataire pilleur n'est pas de la partie ?

    - Non, sauf si je les informe de mon problème, mais c'est une option inenvisageable car Daniel serait réellement en danger."

     

    Au loin dans le couloir, j'entends frapper à la porte d'entrée. Jérémy se raidit et me fait signe de ne pas faire de bruit. Il progresse dans le hall et regarde dans l’œilleton de la porte; Il m'ordonne une seconde fois de rester en arrière.

    On frappe à nouveau:

    " - J. Ouvre moi ! Je sais que tu as eu mon message."

    Un peu tremblante, j'articule sans émettre de son " -QUI EST-CE ?" en direction de Jérémy, mais il ouvre la porte sans daigner me répondre.

    Le mec est grand, bizarre, avec des faux airs de traître. Un flottement malsain accompagne son entrée dans l'appartement. Jérémy le laisse passer et ils avancent vers le salon. J'aimerai me terrer dans un trou de souris, ou mieux, prendre mes jambes à mon cou.

    " - Ecoute J. , certaines choses me sont revenues aux oreilles et il va falloir que l'on s'explique clairement tous les deux."

    Il écarte le pan de sa veste en accompagnant ses mots, révélant la présence d'une arme glissée sous sa ceinture. Attrapant la cross, il ajoute:

     

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

    " - Mes hommages mademoiselle, navré pour vous que vous soyez ici.

    Venez, on va tranquillement s'installer au salon tous les trois."

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

     

     

     

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  • 09.

    Ce grand gaillard transpire un peu plus que de raison, et malgré ses efforts je perçois bien qu'il est nerveux.

    Jérémy lui demande de bien vouloir me laisser en dehors de leur discussion, précisant que je n'ai rien à voir avec leurs histoires et leurs affaires.

    " - Il fallait réfléchir avant de faire tes conneries Jérémy, c'est un peu tard pour vouloir protéger ta copine. Alors, combien tu as gagné sur notre dos ? six ? sept milles ? Ils sont tous furieux contre toi et maintenant me voilà ici à faire le messager ...

    - Je n'ai pas touché à la cam, je t'assure Fred, et je n'ai pas gagné d'argent supplémentaire.

    - Alors la marchandise s'est envolée ?! Arrête un peu ! Assume et dis-moi ce qu'il en est ?"

    En prononçant la fin de sa phrase, l'homme lève le bras et met Jérémy en joue.

    " - NOOON ! "

    9.

     

    Le cri sort de ma bouche avant même que je n'en ai conscience. Surpris, l'homme se retourne face à moi, l'arme toujours au poing. Heureusement, il a suffisamment de sang froid pour ne pas appuyer spontanément sur la gâchette.

    " - Certains sont morts pour moins que ça ! Ne hurlez pas comme ça ! "

    Je rêve ou quoi, il m'engueule ! Mais aux vues de ses arguments et du regard que me lance Jérémy, je ramasse ma chaise et me rassois bien sagement dans mon coin.

    Le mec pivote de nouveau vers Jérém et continue son numéro:

    " - J. tu sais comment ça fonctionne .... Je ne pourrai pas repartir d'ici sans la vérité, une reconnaissance de dette ou ta tête sous le bras. Je te laisse cinq secondes, après il faudra prendre une décision radicale.

    - Fred c'est plus compliqué que ça ... 

    - Un... Deux ...

    - Non mais tu es sérieux ? Arrêtes tes conneries, enfin ! 

    - Trois... Quatre ... "

    Ce n'est pas possible, il ne va quand même pas l'abattre comme ça sous mes yeux ? Et Jérémy, qu'est ce qu'il attend pour lui avouer la vérité concernant les vols à répétition de Daniel ? J'ai envie d'hurler en ordonnant à Jérémy de dire la vérité et mettre ainsi un terme à ce compte à rebours improvisé. 

    " - Cinq. "

    Personne ne bouge, Fred est toujours là, arme au poing. Quand soudain ... 

    PAN, un coup part. PAN, suivit d'un autre. J'ai les yeux clos depuis la première détonation, et mon coeur bat tellement fort qu'il a du s'extraire de ma poitrine.

    Daniel, sorti de sa chambre aussi discrètement qu'une souris, saisit mon bras et me fait sursauter de plus belle. Il est là, tenant lui aussi une arme entre ses mains en me demandant si je vais bien. 

    Un peu abasourdie, je relève la tête et prends aussitôt conscience de la situation: Fred est allongé sur le ventre, la tête baignant dans une marre de sang. Dany, dont la présence dans l'appartement n'avait pas été mentionnée à notre visiteur surprise, vient de l'abattre d'une balle dans la nuque. La vue et l'odeur du sang me donnent immédiatement envie de vomir.

    Jérémy est adossé contre le mur en face de nous. Il est assis par terre et se tient l'épaule, ses vêtements sont également couverts de sang.

    Daniel se précipite vers lui, en prenant soin de vérifier au passage que Fred ne bouge plus du tout.

    " - MERDE ! Mon pote, ça va ? Je ne pensais pas qu'il aurait le temps de tirer lui aussi !

    - Mais qu'est ce que tu as fais ... On est foutu ... "

    Murmure Jérémy dans un souffle à peine audible. Mais Daniel n'en démord pas : 

    " - J'allais quand même pas le laisser te crever comme ça en plein milieu du salon !! Tu crois que je n'ai pas compris pourquoi ils sont après toi ?! Tu pensais que j'allais tranquillement attendre derrière ma porte que tu te fasse abattre comme un chien à cause de mes conneries ?! "

    Je me précipite à mon tour vers eux, prenant soin d'enjamber le cadavre de Fred en coupant ma respiration:

    " - Je t'emmène à l'hôpital !!

    Je crie à Jérémy. 

    - Non pas l'hosto ! Si on y va, c'est retour en taule assuré... "

    Il me supplie en bougeant à peine les lèvres.

    " - Mais si on n'y va pas, tu vas continuer de te vider de ton sang et mourir assis là ! Qu'est ce que tu préfères ??"

    Je lui réponds tout en essayant de maîtriser mon hystérie. 

     

    Dany me tend un portefeuille:

    " - C'est le mien, tu t'en serviras quand on te demandera de qui il s'agit. Les papiers sont à mon nom et une des cartes d'identité est imprimée avec sa photo, on a l'habitude."

    Il perçoit mon hésitation et insiste:

    " - Ça va aller ne t'inquiète pas, je suis certain que tu vas assurer. Je te note mon numéro sur un bout de papier, appelle-moi d'un téléphone public quand tu seras là-bas, c'est préférable."

    J'ai les mains qui tremblent mais je parviens a glisser le portefeuille dans mon sac. Daniel charge Jérémy sur son dos, et nous voilà partis jusqu'à ma voiture.

    Il doit y avoir un dieu pour les assassins: Malgré le bruit engendré par les coups de feu (assourdis néanmoins par les silencieux des pistolets), le fracas des objets qui sont tombés dans l'appartement pendant l'affrontement, les corps qui heurtent le sol ou encore mes cris, nous ne croisons pas âme qui vive en chemin.

    Daniel installe Jérémy sur le siège passager; Il est encore tout juste conscient, il va vraiment falloir se dépêcher pour arriver là-bas.

    9.

    Dany me retient une minute avant que je ne prenne place à mon tour dans la voiture:

    " - Reviens me voir ce soir.

    - Euh... C'est que je n'ai pas vraiment le coeur à m'amuser, tu sais ....

    - J'ai besoin de toi pour dégager cet abruti qui gît dans le salon, tu es la seule au courant et je n'ai absolument aucune envie que ça s'ébruite. Donc on fait ça ce soir, et terminé.

    - Et comment tu fais pour les autres ? Ces personnes qui étaient au courant de la venue de Fred et qui l'ont envoyé comme messager ? Ils vont bien attendre son retour et se poser des questions ...

    - C'est un autre problème et si tu le permets, ce n'est pas le tien. A tout à l'heure, je compte sur toi."

    Il appuie ses derniers mots en me regardant avec insistance, traduisant ainsi qu'il ne me laisse pas le choix.

     

    Dans la voiture, Jérémy arrive encore à parler: Tant mieux, je décide de discuter avec lui tout le long du trajet afin de lui éviter de perdre connaissance. 

     

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

    On se mets d'accord sur une version des faits.

    • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

      

     


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  • 10.

    Par moment Jérémy parvient a murmurer quelques mots, parfois il hoche seulement la tête pour me répondre. 

    Rassemblant un peu de courage, il trouve la force de m'avouer ce qu'il a sur le coeur:

    " - Tu sais, je n'ai aimé que toi dans ma courte vie. J'ai toujours pensé à toi... Même dans les pires moments, tu étais toujours quelque part dans un coin de ma tête. Au moins je peux mourir tranquillement, tu sais tout. 

    - Imbécile, tu ne vas pas mourir aujourd'hui."

    Je lui rétorque, autant pour m'auto-persuader que pour le rassurer sur son sort.

     

    Arrivés sur le parking des urgences, je me précipite hors du véhicule pour ouvrir sa portière. Il saisit mon bras, visiblement envahi par un vague de douleur. Je tente de masquer ma panique:

    " - Tu as mal ? C'est pire que tout à l'heure ?

    - Je ne sais pas ... C'est trop violent maintenant..."

    Je me penche rapidement au dessus de lui pour aller décrocher sa ceinture, mais au moment de me redresser il s'effondre sur moi. J'essaye de garder l'équilibre tout en lui relevant la tête, m’apercevant ainsi qu'il a bel et bien perdu connaissance. Il y a du sang partout et l'angoisse refait immédiatement surface au creux de mon ventre. 

     

    Je m'engouffre dans le bâtiment avec la force d'un ouragan, courant comme une folle et hurlant à toutes les personnes en blouses blanches que je croise sur ma route qu'il faut absolument sortir s'occuper de mon ami avant qu'il ne meurt sur le parking.

    Une minute plus tard, deux urgentistes munis d'un brancard se ruent à l'extérieur.

    Je les suis de près, essayant de répondre le plus rationnellement possible à leurs questions concernant ce qu'il s'est passé:

    " - Qu'est-il arrivé à votre ami mademoiselle ?

    - Il s'est effondré pendant qu'on se promenait tout à l'heure. Je crois qu'il a pris une balle perdue.

    - Une balle perdue ? Vous étiez en forêt ? Comment s'appelle-t-il ?

    - Non, a proximité d'une cité où les règlements de comptes sont légion. Il s'appelle... (je me souviens du portefeuille) Daniel. 

    - Il va vous falloir répondre à quelques questions. Tous les cas de blessés par balle doivent être signalés aux services de police. Une secrétaire va venir vous aider a remplir le formulaire."

     

    Il m'indique d'attendre sur le côté du couloir et je les regarde s'éloigner en courant, poussant à toute allure Jérémy sur le brancard en direction des blocs opératoires. Malgré qu'il m'ait regardé avec des yeux ahuris au moment où j'ai mentionné la balle perdue, j'ai l'impression d'avoir passé cette première étape avec brio. 

    Rapidement, une jeune femme me fait signe d'entrer dans un bureau. Elle m'explique que nous allons devoir remplir un dossier d'une grande importance, qui devrait aider la police a retrouver le propriétaire de l'arme responsable de l'accident.

    Personnellement, je pense qu'il sera difficile d'obtenir de lui le versement de dommages et intérêts.

    10.

    Elle me demande les nom, prénom, l'adresse etc... du blessé. Je lui présente comme convenu la pièce d'identité de Daniel possédant la photo de Jérémy, délivrée il y a plusieurs années lorsque Dany vivait encore au domicile de ses parents et non pas encore dans l'appartement qu'il partage actuellement avec Jérémy.

    Je fais gober à l'adorable jeune femme que nous faisions une balade en amoureux à proximité de chez lui, (à une portée de fusil de la cité) quand soudain BOUM, il s'est effondré devant moi sans faire de bruit. J'ajoute que bien entendu, je n'ai pas entendu le moindre coup de feu, qu'il devait probablement s'agir d'un règlement de compte se déroulant bien plus loin.

     

    Une fois toute cette paperasse terminée, je retourne dans la salle d'attente avec la bonne conscience du travail accompli. Celà fait déjà plus d'une heure que Jérémy est au bloc, j'ai grand besoin de prendre l'air.

    Je récupère le portable de Jérémy que les médecins m'ont gentiment confié afin de pouvoir prévenir ses proches. Je résiste à l'envie de farfouiller à l'intérieur et file plutôt téléphoner à Daniel comme convenu, d'un téléphone public situé dans le hall principal de l'hôpital:

    10. " - Daniel, c'est Haily. Jérémy est au bloc depuis un bon moment, et j'ai rempli les papiers.

    - Ça c'est bien passé ? Je vois que tu m'appelles d'un numéro inconnu, c'est parfait.

    - Oui, j'ai essayé de rester la plus zen possible. J'ai utilisé ton ancienne adresse, celle mentionnée sur la vieille carte d'identité, pour situer le contexte de l'accident. Mais, qu'est ce qu'il se passera si les flics débarquent là-bas et découvre que tu n'y habites plus ? 

    - Ma mère réside toujours dans cet appartement.

    - Et alors ? Elle sait bien que tu ne vis plus avec elle depuis de nombreuses années.

    - Ne t'inquiète pas pour ça Haily... Elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle ne se souvient jamais de rien. Ma chambre est restée telle quelle depuis que j'ai quitté le nid, si je vais la voir demain elle pensera que je suis parti le matin même.

    - Mais, c'est horrible! Et s'il lui arrivait quelque chose ? Elle est seule, livrée à elle-même ?

     - Des infirmières s'occupent d'elle matin et soir, une assistante se charge des repas, elle ne touche ni au gaz ni à quoi que ce soit qui puissent être un danger potentiel pour elle, et pour les autres d'ailleurs. Enfin bref, on n'est pas là pour parler de ma mère et de l'alibi qu'elle représente.

    - Tu es affreux. Et si jamais ces auxiliaires de vie sont interrogées, elles aussi ? Elles par contre, ont parfaitement conscience que tu n'habites pas là-bas ...

    - Haily, arrête de réfléchir tu me donne mal à la tête. Aucun flic n'ira voir qui que ce soit, pour la bonne raison qu'ils ne foutent jamais les pieds dans ces quartiers, encore moins pour des petites frappes potentiellement blessées. Sur ce, à ce soir, vingt-deux heures."

     

    J'ai mal au coeur en raccrochant, j'aimerai que toute cette histoire soit déjà loin derrière moi.

     

     

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    Mais j'ai comme l'impression

    qu'il va falloir attendre encore un moment.

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